Au fil des visionnements guidés par le Dictionnaire des films français érotiques et pornographiques en 16 et 35 mm, nous allons fermer un peu les yeux et nous délecter de quelques extraits sonores, parfois franchement explicites, revendicatifs, amusant, ridicules mais bien souvent étonnants.
Bonne écoute !
Le fond du panier du porno français de l'époque, alors que la vidéo débarquait chez les particuliers et que Canal + allait naître peu de temps après. Entrecuisses en Chaleur est censé relater une vague histoire de princesse qui se fait charmer puis voler par un Arsène Lapin incarné par un jeune Christopher Clark qui, même masqué, est reconnaissable à sa bite tordue. Mais au lieu d'avalanche de coups tordus au sein d'un palace, nous avons droit à de tristes parties de jambes en l'air dans un hôtel miteux où l'on s'échange les tuyaux dans un couloir étroit :
Les doubleurs ont beau faire un peu de roue libre pour relever le tout, les scènes de sexe ne sont que succession de gros plans sans aucune inspiration.
Difficile de s'astiquer la nouille devant un truc pareil.
Classique parmi les classiques, Entrecuisses est un film agréable à regarder mais déconcertant sur son déroulement.
Déjà le générique dessiné aura marqué les pornophiles à travers les générations, je pense, mais pour commencer, çà chauffe entre Patricia et Hubert :
Alors que le maître de maison semble vouloir définitivement quitter la demeure et sa femme, les copains de Patricia débarquent et se lancent dans une partie de cache-cache sexuel. Les scènes de sexe s'enchaînent alors et il est intéressant de noter que leur rythme et la situation tendrait presque à se rapprocher du slasher dans sa structure bien que ce genre horrifique n'ait vu le jour que l'année suivant la sortie d'Entrecuisses :
Remplacez le "Si on baisait" par "si on allait se baigner" et vous y êtes.
Mais au milieu de la partie, nous voyons Hubert revenir sur le lieu des ébats et participer à une partie à 3 sans broncher. C'est à partir de là que le spectateur risque bien de se perdre s'il ne regarde pas le film jusqu'au bout car, il y a un retournement de situation de dernière minute qui explique tout.
Entrecuisses fait se croiser l’insouciance petit-bourgeoise de l'époque incarnée par le couple et anticipe l'archétype proto-bobo à travers les amis de Patricia, non sans égratigner le profit fait sur le système en place :
Si vous lisez ce blog, vous l'avez sûrement déjà vu, de toute façon.
Vous trouverez Entrechattes plus facilement sous le titre de L'Infirmière et ne le ratez pas car il s'agit d'un excellent film pornographique, même si les scènes explicites n'en font pas la principale attraction.
Gérard Kikoïne s'amuse ici à peindre un tableau de la bourgeoisie de province, comme savait si bien le faire Chabrol, en suivant les aventures d'une infirmière privée dont les service sont loués pour finir de riches vieux hommes cardiaques.
Et son dernier client en date semble être un sacré connard :
Sa femme est en train de se faire sauter par 2 bidasses dans un bar pendant ce temps là.
En fait, l'avantage d'Entrechattes sur un Chabrol qui aborderait le même sujet, c'est qui affiche au grand jour la partie sexuelle qui est un gros morceau de ce genre d'intrigues. Il aurait vraiment fallu que de nombreux autres réalisateurs de films pornos ou non s'engouffrent dans cette brèche à l'époque. Les scènes de cul ne sont pas des plus excitantes, mais elle permettent d'ajouter de la matière à ces intrigues familiales où chaque partie prenante est aussi cupide et gourmande de sexe que les autres, que ce soit la belle fille, le chauffeur ou encore le fils parti à la ville, mal-aimé de la famille parce qu'aux mœurs peu orthodoxes :
Quand à l'autre fils, Kikoïne prend bien soin de montrer qu'il baise mal sans en faire des tonnes, il s'agit là de quelque chose de très rares dans ce genre de films.
La réalisation tient parfaitement la route, il y a de beaux moments de tensions comme lors de la scène de la première piqûre faite par l'infirmière sur le paternel, avec sa succession de gros plans sur les visages.
Seule incongruité au tableau, la musique qui donne parfois l'impression que le Ted Scotto venait de recevoir un synthé pour la première fois et essayait de trouver des sons...on va dire que c'était le début...(quoi qu'on 1977 !) :
Michel Baudricourt/Caputo a du laisser son chat jouer sur le banc de montage avec les bobines de La Donneuse de Pallardy et quelques une de ses propres films porno tellement le caviardage de l'original par les scènes explicites se fait en dépit du bon sens.
Donc, pour l'essentiel, se reporter à la chronique de La Donneuse (dont je vais mettre les players à jour) mais en point remarquable des scènes hard d'Entre aussi par Derrière...une scène avec un jack Gatteau tout frisé (c'est le Nicolas Cage de l'âge d'or du porno français, ma parole) et un accent....pied noir ?
Pour les besoins de son boulot de journaliste, Richard est bien embêté parce qu'il est chargé d'enquêter sur l'univers des call-girls. Heureusement, il peut compter sur sa copine Brigitte :
Les doublages d'Enquêtes sont hideux, vous l'aurez entendu, en revanche la photo est magnifique. La suite du film n'est qu'une succession de tentatives toutes plus foireuses les unes que les autres d'enregistrement de témoignages sur le vif.
Si Enquête n'est pas d'une grande originalité et malgré le doublage discutable, la réalisation est soignée, les lents zooms et travellings sont privilégiés aux habituels gros plans statiques et les acteurs y mettent du leur que ce soit dans les scènes de sexe ou de comédie.
J'ai cru reconnaitre un des chiens de Brigitte Lahaie lors de la scène de la première tentative d'enquête dans la grande maison de compagne bourgeoise, si quelqu'un peut confirmer...
On appréciera aussi la présence de l'actrice d'outre-Atlantique Desiree Cousteau qui n'échappe pas au massacre de la post-synchro :
Et dans le délire général, on a l'occasion d'être témoin d'un robot-mime qui jouit :
Un film déséquilibré en 2 parties bien distinctes l'une, classique, prenant malheureusement le pas sur l'autre.
Une poignée d'amies en ont marre du comportement de mufle des hommes qu'elles côtoient que ce soit leurs mecs où au boulot. Pour preuve cette séquence où une des Sabine (Sabine Birkin ?) se fait manœuvrer sans égard dans la salle de montage par un collègue :
Le club de femmes se monte, sous le nom du Club des Sabines et les gars, qui sont de vrais branleurs s'en inquiètent mollement :
Puis les filles partent en vadrouille à Paris à bord d'un minibus avec chauffeur du coin. Cette première partie, fraîche, naturaliste est vite écourtée par l'arrivée d'un gang qui les kidnappe, les séquestre dans une maison de banlieue pour leur faire raconter chacune leur tour leurs souvenir de situations érotiques. La partie est lancée par l'un des malfrats (qui sont en fait les petits amis des donzelles, vous vous en doutez) dont le jeu n'est pas sans évoquer le Johnny Hallyday des Guignols de l'Info :
Troublant. Et là, on a l'impression que le stylo et la caméra ont changé de mains, le film se dirigeant vers l’œuvre à sketch où chaque récit est aussi littéraire et pénible que dans certains Baudricourt. Les scènes sans intérêt s'enchaînent alors jusqu'à une triste partouze finale de pas loin de 15 minutes, quel gâchis. Il aurait été souhaitable d'avoir plus d'images de pérégrinations des filles dans la capitale, par exemple.
Peut-être est-ce dû à la mauvaise qualité de la copie disponible mais l'ensemble manque souvent de lumière et la musique de Laurent Voulzy n'apporte pas grand-chose de notable.
Erotique du milieu des années 70 pétulant, les Enjambées suit la trame presque habituele de la femme délaissée par un mari bien trop pris par son travail.
Alors pour combler son manque elle s'occupe avec la voisine avec laquelle elles jouent des tours aux hommes de passage, comme ce plombier qui n'est pas la meilleure pioche :
Mais madame a besoin de plus de frisson elle se retrouve dans une maison pour une séance de spiritisme, en fait un simulacre organisé par une mère maquerelle respectable qui en profite pour nous donner une leçon d'histoire :
Après avoir consulté un spécialiste, elle décide de prendre le taureau par les cornes et stimuler du mieux qu'elle peut son mari par quelques jeux de rôles qui sont autant d'occasions d'exercer un accent de merde lors qu'elle se fait asiatique soumise :
ou de techniques d'approches amusantes, de part leur traitement et travestissement mais sans effet sur le monsieur qui esquive à chaque fois :
Finalement, c'est par le biais de la traditionnelle partouze et des peurs et frustration qui en découle (on fait la queue devant la chambre du mari car c'est un fameux baiseur, seulement, sa femme est la dernière dans la file) qu'ils se retrouveront à nouveau. Jeannette Chaix voulait peut-être sortir le libertinage du carcan bourgeois de l'époque :
La réflexion est très pertinente à ce moment du film mais n'est pas plus développée que çà.
Les enjambées bénéficie d'une bonne poignée d'acteurs, Valérie Boisgel, beauté inachevée tiens parfaitement son rôle, par exemple. Il m'a semblé capter un extrait du Tubular Bells de Mike Oldfield noyé dans la musique du film.