Au fil des visionnements guidés par le Dictionnaire des films français érotiques et pornographiques en 16 et 35 mm, nous allons fermer un peu les yeux et nous délecter de quelques extraits sonores, parfois franchement explicites, revendicatifs, amusant, ridicules mais bien souvent étonnants.
Bonne écoute !
Film de femmes en prison résultant d'un bidouillage dont la firme Eurociné avait le secret. A la base, il y a une réalisation de Jesus Franco, que l'on retrouve d'ailleurs à l'image sous le sobriquet d'oncle Jess :
L'histoire mixe chasse aux ex nazi en Amérique du Sud et évasion d'un trio de femmes. Le tout entrecoupé de scènes de la vie quotidienne et d'intrigues parallèles sur la gestion de cette prison, en tout cas il faut s'accrocher.
Lorsque les 3 héroïnes se font la malle, la traditionnelle directrice sadique y va de son petit sermon :
Mais les punitions sont bien légères ici. Alors on s'ennuie, et les détenues parfois craquent et se racontent leur vie :
Aucun réel intérêt à passer du temps devant cette bande finalement. Hop, aux archives et qu'elle n'en sorte plus.
Sans grand intérêt pour le spectateur lambda, Gamine en Chaleur est en revanche une pièce de choix pour tout documentaliste pornophile qui se respecte. Tourné sous le pseudonyme de Robert Xavier, Jean Rollin bénéficie sur le plateau d'une des toutes premières apparences de Marylin Jess.
Tout d'abord la chanson du générique est un pur nectar :
La trame est malheureusement bien fine puisque la nouvelle actrice incarne une jeune nièce étudiante privée de sortie par ses bourgeois d'oncle et tante qui pourtant ne se gênent pas pour se donner du bon temps derrière leurs airs engoncés. Elle va alors bénéficier de l'aide de la domestique, la fantastique Cathy Stewart pour mettre en place un système de chantage lui permettant d'arriver à ses fins :
Une fois tout cela mise en place, on sent bien que le duo Bouyxou/Rollin est en rade d'inspiration et l'équipe standard du porno français déboule dans l'appartement pour une interminable partouze.
Ne manque à l'affiche qu'Alban Ceray et nous noterons un Dominique Avelyne tout en détachement en train de mâcher son chewing-gum regardant vaguement ce qu'il se passe à gauche et à droite en limant nonchalamment. Heureusement, il y a quand même un voire deux clous du spectacle tout d'abord lorsque débarque Marc, en fait Didier Humbert, le petit ami de Marylin Jess à l'époque et ce sera l'occasion de sa seule authentique scène de sodomie pour celles et ceux que çà intéresse :
Mais également, et là c'est plus étonnant, une fois tout ce beau monde repus de baise, une petite bouffe s'improvise et nous voyons débarquer dans le champs au milieu des acteurs encore à poil non seulement Jean Pierre Bouyxou mais surtout Jean Rollin, réputé à l'époque pour être un peu mal à l'aise ou timide lors des tournages de ses films pornographique ne pas lésiner cette fois-ci sur le pelotage de petite nouvelle.
M'sieur Heni Serin (comme un serin) est représentant en parapluie dans le Nord-Est de la France entre Normandie et Bretagne, c'est même un as dans son domaine :
Seulement, sa vie domestique l'ennuie, alors il fait des extras pour se ressourcer, parce que Monsieur est un amoureux, un drogué du postérieur ferme, épanoui :
Mais il tombe sur un os au détour d'une rencontre avec un peintre aussi ouvert que bourru qui partage volontiers sa canadienne de passage :
Le représentant tombe bêtement amoureux, s’enfuit avec sa conquête qui, un jour disparait. Alors c'est la descente, il devient la figure du peintre alcoolique notoire du coin.
Quelques remarques à propos de petit classique flottant du cinéma français des années 70 traversé par les tirades extraordinaires de Jean-Pierre Marielle.
Les Galettes de Pont-Aven est une occasion de voir des villes de province encore en vie, avec des commerces qui tournent, bien avant la transformation de la socio-géographie du pays en France moche.
Le film réserve aussi une belle surprise pour les pornophiles lorsque que M'sieur Serin découvre qu'en son absence, sa femme se fait bourrer par Jacques Gateau, presque désolé de la situation.
Enfin, cette réalisation de Joël Séria se termine sur une énorme similarité avec son autre œuvre majeure, Mais ne Nous Délivrez pas du Mal, dans lequel on retrouve également la merveilleuse Jeanne Goupil, en l’occurrence un beau moment de théâtre communal que voici :
Filles Traquées est en fait une exploitation de la Nuit des Traquées de Jean Rollin avec des scènes pornographiques additionnelles, les scènes en question sont probablement visibles en supplément dans une édition DVD (Encore) trouvable à un prix assez élevé. Quoi qu'il en soit, hors ces scènes additionnelles, il s'agit à mon sens du film le plus intéressant de Rollin, malgré sa lenteur, sa propension à la jouer thriller d'auteur un peu crispant à coup de "je ne sais pas, je ne sais plus". Une fille est retrouvée courant dans la nuit par un homme qui la ramène chez lui, elle ne se souvient plus des raisons de sa fuite :
Le personnel d'un établissement spécialisé la retrouve et la ramène de force dans une grande tour pour la poursuite de sa thérapie. Sur place, tous les patient semblent souffrir du même mal mais qui se manifeste différemment.
Fascinante parabole d'anticipation sur la déshumanisation liée à l'urbanité galopante, tourné entre la Défense et Nanterre, le film est froid mais magnifique, l'ambiance y est très particulière. On y retrouve une belle brochette d'acteurs pornographiques de l'époque dans des rôles impliquant un peu de comédie. Brigitte Lahaie évidemment, mais aussi Cathy Stewart, Alain Plumey, Jack Gatteau, et même Marilyn Jess.
La Nuit des Traquées c'est un peu les Villes de Grandes Solitudes mis en image avec quand même bien plus de poésie :
Alain Payet s'essaye à la comédie franchouillarde et on ne peut pas dire que cela lui réussisse. C'est les vacances pour Albert le parisien, comme pour des milliers d'autres :
Avec sa caravane, il prend deux filles en stop et direction le camping où il va faire les frais de sa gentillesse. Successions de gag poussifs et de mini sketchs étirés au-delà du raisonnable comme celui du restaurant où le réalisateur endosse la tenue de serveur :
Les scènes pornographiques sont en revanche intégrées sans faire plus de casse dans un métrage déjà mal en point, dans le sens où l'on a pas affaire à des inserts tirés d'autres bobines mais bien d'une certaine continuité si l'on omet le décor "intérieur tente" pas complètement vraisemblable. Seulement, il faut se farcir les situations voulues comiques mais pénibles.
J'imagine que le provincial qui n'avait pas les moyens de monter à Paris devait se retrouver bien émoustillé lors des séances de films de cabaret comme Femmes de Paris.
Michel Simon joue un astronome qui, au moment d'une immense découverte dans son domaine, se voit forcer d'aller dans un cabaret suite à l'appel de détresse par erreur d'une inconnue menaçant de se suicider si son Patrice ne s'y montre pas avant minuit.
Le scientifique, aussi professeur, tombe sur une de ses élèves au Ruban Bleu. Dans les années 1950, les temps étaient déjà durs pour les étudiants :
Cette fine trame qui mute en enquête policière légère est évidemment prétexte à faire l'expérience du cabaret que ce soit dans le public ou ses coulisses.
Les Femmes de Paris est par exemple l'occasion d'assister à un sketch intégral de Robert Lamoureux, de numéros de music-hall de Roger Pierre et Jean-Marc Thibault mais aussi, malheureusement d'un très long moment avec Ray Ventura et son orchestre, l'homme étant à la production du film.
Mais heureusement, il y a les séquences de revues où les filles dansent ou défilent légèrement déguisées :
Divertissement à tous les étages, le spectateur provincial devait sûrement passer un excellent moment en salle lors de la projection de films tels que celui-ci. Intéressant d'ailleurs de voir qu'il est antérieur à Ah les Belles Bacchantes qui fut programmé de nombreuses fois ensuite à la télévision.
Film d'auteur érotique du début des années 70 qui traite de la vie la mort, le rapport à l'argent, l'art bourgeois, les belle-mères possessives et les relations saphiques. Dès les 10 premières minutes, on sent qu'on va se faire chier. Cà philosophe :
Cà se regarde en chien de faillance
Puis Féminin-Féminin nous fait passer de la grande propriété provinciale à l'agitation mondaine de la ville lorsque Françoise, la copine du petit gars couvé par sa moman décide de suivre Marie-Hélène, décomplexée et ouverte.
C'est alors l'occasion au gré des soirées et des rencontre que vient jouer un Carlos artiste anti-bourgeois et libertaire qui met un peu de piment dans cette peinture de l'amour pas simple mollassonne et frileuse.
En plus de la composition du barbu, il y a aussi la satisfaction d'entendre une langue française correcte et un peu soutenue, c'est maigre, mais c'est déjà cela.
Avec Brigitte Lahaie en vedette, Michel Caputo tente la veine policière légèrement érotique mais n'arrive pas à se départir de ses tics habituels. Les dialogues sont trop écrits, toujours trop littéraires et cette fois-ci à la recherche de la réplique qui fait mouche, qui percute mais tombe toujours à plat à force de trop en faire.
Pour la trame, l'affaire est cousue de fil blancs sur la première partie. La flic un peu rebelle enquête sur un trafic de VHS porno mais finit par être embringuée dans une affaire qui la dépasse. Incorruptible, elle veut faire tomber le réseau de traite des blanches dans lequel sa hiérarchie est évidemment impliquée.
Et dès l'entrée en scène du personnage de la sœur, on sait qu'elle sera l'un des gros enjeux de l'intrigue, qu'elle sera kidnappée, ce qui mettra en rogne la vengeresse aux méthodes à priori non violentes :
L'ensemble est bien maladroit. Par exemple, l'enquêtrice s'appuie sur une indic toxicomane mais impossible de croire au personnage tellement l'actrice en fait des caisses :
D'ailleurs, bizarrement, Richard Allan joue un sbire de la grande mère maquerelle avec un naturel confondant, lui s'en tire vraiment bien.
Au cours du film on a droit à quelques scènes d'action un peu molle, dont une baston dans le quartier chinois digne d'un sentai ainsi que quelques scènes dénudées tenant plus de la philosophie de boudoir que de vraie partie de jambe en l'air :
L'entreprise semble largement sponsorisée par la Seita :
Bref, tout cela est un peu morne, un peu mou. A noter sans doute la première apparition à l'écran de Pierre Woodman dans le rôle d'un garde du corps qui se fait dérouiller.
Francis Leroi prend le relai à la réalisation sur ce quatrième épisode et la série Emmanuelle a l'allure d'un fantôme.
L'histoire tente la faille dans le quatrième mur puisque que Sylvia Kristel, les pupilles bien dilatées en 1983, incarne Sylvia qui cherche à échapper à l'amour qu'elle a pour Marc au gré des vernissages et petites réception de la bourgeoisie parisienne qui s'emmerde :
Pour y parvenir, elle décide de partir au Brésil se faire intégralement transformer en une nouvelle Emmanuelle. Entrée en scène de Mia Nygren pour reprendre le rôle titre.
Afin de s'assurer de son équilibre psychique face à une opération aussi lourde, elle est suivi par Donna, personnage à l'accent discutable :
En revanche, Déborah Powers qui joue cette psychologue crève l'écran à côté de l'endive chargée de porter le film.
Parmi le casting, on a d'autres surprises comme Fabrice Lucchini dans le rôle d'un magicien, Dominique Troye et Christopher Clark, que l'on peut voir dans une scène hard dans la boue dans la version avec ajouts. Ces ajouts sont d'ailleurs dispensables étant donné le saut de qualité d'image et leur introduction à la sauvage.
Chose amusante, d'ailleurs, j'ai noté 12 photogrammes de pénétration explicite qui n'ont pas été coupés du montage soft.
Enfin, j'ai cru voir Cathy Menard parmi les figurantes de la première réception au Brésil.
La réalisation d'Emmanuelle 4 donne l'impression d'une facture italienne dans sa photographie, quelque chose dans le genre des Tinto Brass, la sophistication en moins...alors disons, les érotiques de Joe d'Amato. Il y a un petit côté cheap avec ces espèces de transitions animées et la voix off qui ne nous épargne pas la psychologie de boudoir est souvent, très souvent présente, signe de feignantise scénaristique :
Par sa froideur, qu'elle soit ou non intentionnelle, Emmanuelle 4 peut revendiquer le status de navet.
Pour la peine, voici la chanson du film, dégoulinante de violons et de pianos comme le reste de la musique. Preuve que l'on a définitivement tout perdu en passant la quatrième :
Première tentative d'adaptation de la série de romans erotico-policiers de Gérard de Villier. L'essai est soft mais presque transformé. Il introduit pour la première fois à l'écran le duo Corentin "à la cool" et Brichot :
Tout au long de cette histoire de trafic d'esclaves shootées pour notables sado-maso, la musique de Ceronne est très voir trop présente.
Jacques Scandélari arrive presque à dépasser le formalisme télé de "l’enquête à la française" et peu prétendre à un rendu cinématographique de l'ensemble. Des tentatives d'angles parfois un peu maladroites et pas mal de plans en contre-plongée donnent un résultat assez original à l'écran.
On retrouve une fois de plus Philippe Castelli qui a un très court rôle de serveur dans un restaurant peu regardant sur les caprices de sa clientèle :
Un érotique passable de Pallardy avec Michel Lemoine louchant vers le thriller dramatique.
Un peu lent.
Le chat qui fume propose un DVD sous le nom "Love Connection" avec une qualité d'image très correcte mais de sacrés bugs intempestifs dans la numérisation. Ceci dit on ne leur en veut, pas, un supplément sur le DVD vient décrire dans le détail les galères rencontrés dans les travaux de restauration de la collection des Erotiques de Pallardy chez cet éditeur....très instructif.
Mais c'est surtout l'entretient du réalisateur qui m'a laissé une impression pas super agréable. Exemple, à propos du Journal Erotique d'un Bûcheron :
J'adore...mais il explique ensuite qu'il enlèverait la scène car elle ne va pas avec le caractère paillard du film.
Plus léger :
Et puis il s'agit d'un véritable entretient, avec un véritable échange entre l'interviewer et le réalisateur :
Et on retrouve Rutger Hauer cité dans la Donneuse !